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Vendredi 3 septembre 2010
 
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Parution : février 2008
Nouvelle secousse

En octobre dernier, un résident de Saint-Michel, Quilem Registre, succombait à des blessures infligées par un pistolet électrique Taser. Une nouvelle arme à l’essai au Service de police de la Ville de Montréal.

Fanny Debil

Réunis en conférence de presse, les représentants d'Amnesty International, d'Action Autonomie, de la Ligue des droits et libertés et de la Ligue des Noirs du Québec, accompagnés de conseillers municipaux, du représentant du député Thomas Mulcair et de proches de victimes du Taser, ont uni leurs voix pour tirer le signal d’alarme auprès des autorités publiques.

«Au Canada, on comptabilise 20 décès liés au Taser depuis 1999. Un chiffre certes bien inférieur aux plus de 160 décès recensés aux Etats-Unis. Mais c'est déjà trop», s'inquiète Anne Sainte-Marie, représentante d'Amnesty International.

Interpellant les gouvernements canadien et québécois, la coalition réaffirme son exigence de moratoire immédiat sur l'usage du Taser. En décembre dernier, celui-ci a fait l'objet d'un rapport du ministère de la Sécurité publique du Québec. Mais les différentes organisations ne cachent pas leur scepticisme et leur insatisfaction à son égard.

«Le comité chargé de cette étude était composé de 25 membres des forces policières, sur un total de 26 personnes !», déplore Dominique Peschard, vice-président de la Ligue des droits et libertés. Plus largement, la coalition remet en cause la fiabilité de certaines études. Tandis que le manque de médecins symbolise une impasse faite sur les conséquences physiques des décharges, la présence d'experts liés à l'entreprise Taser relativise la partialité et la crédibilité des analyses.

Trop de non-dits et d'incertitudes subsistent. Conscients de la nécessité d'informer et de sensibiliser l'opinion, les militants appellent à la publication et l'explication d'enquêtes pertinentes et indépendantes. Le conseiller municipal Warren Allmand a réitéré sa volonté de «connaître exactement les impacts du Taser sur la personne touchée, ainsi que les détails des interventions policières». Un dernier sujet particulièrement sensible sur lequel «la police donne trop peu de réponses», regrette le conseiller Marvin Rotrand. «L'usage du Taser est laissé à la discrétion de l'agent. Ceci pose le problème de son adéquation à la situation», mentionne-t-il.

«Un strict protocole d'utilisation doit être mis en place», affirme dans une lettre Thomas Mulcair. La non-prise en compte de l'état de la personne interpellée par la police préoccupe les militants. «Les personnes arrêtées connaissent souvent des problèmes sociaux et médicaux. Certaines ne manifestent parfois aucune agressivité. Malheureusement, on assiste à la banalisation croissante de cette arme, censée n'être qu'un ultime recours», indique Anne Sainte-Marie.

Urgence

«En novembre 2007, l'ONU a défini le Taser comme un instrument de torture, mortel dans certains cas. Il est aussi source de souffrances et d'humiliation pour ceux qui en réchappent. On ne doit pas oublier les séquelles physiques et morales des brûlés. Le problème inhérent à cette nouvelle arme est, par définition, le manque d'information sur ses effets à long terme», explique Mme Sainte-Marie. D'où l'importance de lancer rapidement des enquêtes plus approfondies.

«L'emploi du pistolet électrique ne se limite pas à l'Amérique du Nord et soulève la question d'une législation internationale. Le moratoire que nous exigeons peut évidemment concerner le monde entier. Mais pour l'instant, notre démarche vise les niveaux municipal, provincial et fédéral du Canada», a conclu le vice-président de la Ligue des droits et libertés, Dominique Peschard.


 
 


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